02 · Veille & analyse critique
L'IA en marketing à la rentrée 2026 : ce qui a vraiment changé (et ce qu'on peut ignorer)

Luca Sole
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En huit jours, fin septembre, quatre nouveaux modèles d’IA sont sortis : Claude Opus 5.5, GPT-6 Sol, GPT-6 Luna et Gemini 4 Argon. Si vous avez l’impression de ne plus rien suivre… vous n’êtes pas seul.
La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire de tout suivre. Parmi les nouveautés IA marketing de la rentrée, quelques-unes changent vraiment votre travail : la façon dont Google diffuse vos annonces, la façon dont les assistants IA citent (ou non) votre marque, et le prix des outils. Le reste peut attendre.
Dans ce bilan, on a fait le tri pour vous : ce qui change, ce qu’il faut faire, et ce que vous pouvez ignorer sans remords.
L’essentiel en 30 secondes
Modèles : les nouveautés coûtent souvent moins cher pour un résultat égal ou meilleur. Inutile de changer d’outil à chaque lancement.
Google Ads : AI Max for Search remplace les anciens réglages. Les annonces dynamiques basculent en février 2027.
Publicité dans ChatGPT : elle est déjà offerte au Canada, et les entreprises d’ici peuvent l’acheter elles-mêmes.
Visibilité IA : être bien classé dans Google ne garantit pas d’être cité par ChatGPT.
Au Québec : le programme LIFT de la BDC (500 M$) est le principal levier de financement depuis la fermeture du PCAN.
1. Les modèles : beaucoup d’annonces, une seule tendance qui compte
Septembre a ressemblé à une course. OpenAI a ouvert le bal le 3 septembre avec GPT-6 Astra, son modèle phare. Le 22 septembre, la même journée, Anthropic a lancé Claude Opus 5.5 et OpenAI a répondu avec GPT-6 Sol et GPT-6 Luna. Google a fermé le mois le 30 septembre avec Gemini 4 Argon.

Pour un professionnel du marketing, la vraie nouvelle n’est pas dans les noms… elle est dans les prix. Sol et Luna coûtent environ la moitié de leurs prédécesseurs. Luna vise justement les tâches répétitives à grand volume : résumer des documents, extraire de l’information, répondre à des questions simples. Autrement dit, une bonne partie du travail marketing quotidien.
Et Gemini 4 Argon, présenté comme le modèle le plus puissant de Google ? Pour l’instant, il est réservé à un petit groupe de partenaires en cybersécurité. Vous ne pouvez pas l’utiliser, et ce n’est pas grave.
Faut-il changer d’outil à chaque lancement ?
Non. L’écart entre les meilleurs modèles se joue maintenant sur des tâches très pointues (programmation, recherche scientifique), rarement sur la rédaction d’une infolettre ou l’analyse d’une campagne.
Ce qui fait la différence, c’est la qualité de vos consignes, vos exemples et votre méthode. Une équipe qui maîtrise un outil obtient de meilleurs résultats qu’une équipe qui en change tous les mois. Le bon réflexe : garder votre outil principal, et profiter des baisses de prix quand elles arrivent dans votre abonnement.
2. Google Ads : AI Max for Search devient la norme
Si vous gérez des campagnes sur le Réseau de Recherche, il y a de bonnes chances que AI Max soit déjà actif dans votre compte… sans que vous l’ayez demandé. Depuis septembre, Google a basculé automatiquement les campagnes qui utilisaient les éléments créés automatiquement ou la requête large au niveau de la campagne. Les annonces dynamiques du Réseau de Recherche (DSA) ont un sursis : leur migration automatique aura lieu en février 2027.
Google met en avant un gain moyen de 7 % de conversions. Le chiffre mérite une lecture attentive : il compare AI Max avec toutes ses options à AI Max avec une seule option, pas à une campagne classique. Et sur le terrain, plusieurs agences constatent une hausse des coûts par clic, jusqu’à 15 % en un an pour certains clients. Le gain existe peut-être, mais il se vérifie dans vos chiffres, pas dans ceux de Google.
Ce qui change concrètement dans vos campagnes
Vos mots-clés deviennent des signaux plutôt que des règles. Google s’appuie aussi sur vos pages et vos annonces pour trouver des recherches que vous n’aviez pas prévues, réécrit certains titres et peut diriger l’internaute vers une autre page de votre site que celle choisie.
En échange, vous gagnez de nouveaux réglages : marques à cibler ou à exclure, consignes de rédaction, contrôle des lieux.
Trois choses à faire avant février 2027
Faites l’inventaire. Repérez les campagnes déjà basculées et celles qui utilisent encore des DSA.
Sauvegardez vos exclusions. Exportez vos mots-clés négatifs et vos exclusions d’URL : ce sont les réglages les plus fragiles lors d’une migration automatique.
Testez sur une seule campagne. Migrez-la vous-même avec l’outil de Google, et suivez deux chiffres pendant un mois : les conversions et le coût par clic.
Et la publicité dans ChatGPT ?
Bonne nouvelle pour le Québec : ChatGPT affiche des annonces au Canada depuis mars, et les entreprises d’ici peuvent acheter elles-mêmes leurs placements. Les annonces s’adressent aux utilisateurs des forfaits gratuit et Go, et le ciblage se fait selon le contexte de la conversation, pas selon des mots-clés.
Pour une PME, le bon réflexe n’est pas de déplacer son budget, mais de garder un œil sur ce nouveau canal… et de tester petit si votre secteur s’y prête.
3. Visibilité IA : on peut maintenant mesurer si ChatGPT cite votre marque
Pendant vingt ans, la question était simple : « Suis-je bien classé dans Google ? » Elle ne suffit plus. Quand un client demande à ChatGPT, à Gemini ou à Perplexity « quelle agence choisir à Montréal ? » ou « quel logiciel pour gérer mes réservations ? », il obtient une réponse toute faite, avec quelques marques citées. Les autres n’existent pas.
C’est ce qu’on appelle la visibilité IA, ou GEO (pour Generative Engine Optimization). Et cet automne, elle devient mesurable : une nouvelle catégorie d’outils suit, question par question, quelles marques les assistants IA citent et à quelle fréquence.
Les moteurs ne se comportent pas pareil
Premier enseignement de ces mesures : chaque assistant puise ses sources à sa façon. Une étude d’Ahrefs portant sur 15 000 requêtes montre qu’en moyenne, seulement 12 % des liens cités par ChatGPT, Gemini et Copilot figurent dans le top 10 de Google pour la même question. Perplexity fait exception : près d’une citation sur trois pointe vers une page du top 10.

En clair, un bon référencement aide sur Perplexity, beaucoup moins sur ChatGPT. Ce dernier s’appuie davantage sur des sources tierces : répertoires, articles de presse, sites d’avis, Wikipédia. Être mentionné ailleurs que sur votre propre site compte donc plus qu’avant.
L’erreur technique qui rend des pages invisibles aux IA
Beaucoup de robots d’IA lisent une page sans exécuter son JavaScript. Résultat : si votre menu, vos liens internes ou vos descriptions de services ne s’affichent qu’après le chargement d’un script, ces robots ne les voient tout simplement pas.
Le test est simple : désactivez JavaScript dans votre navigateur et rechargez votre page d’accueil. Si vos liens et vos textes importants disparaissent, parlez-en à la personne qui gère votre site.
Par où commencer ?
Pas besoin d’acheter un outil dès demain. Commencez par vous situer : le Diagnostic Réflexe IA évalue gratuitement, en environ 3 minutes, où en est votre équipe, y compris sur la visibilité IA. Puis faites le test manuel proposé plus bas, dans le réflexe du mois.
4. Commerce et réseaux sociaux : les agents d’achat arrivent
Le 8 septembre, Meta a lancé Muse, un agent IA personnel capable de chercher, de comparer… et d’acheter à la place de l’utilisateur, avec son approbation. Shopify a suivi le jour même : les produits des boutiques admissibles sont partagés par défaut avec Muse. Le 21 septembre, les deux entreprises ont annoncé le paiement direct avec Shop Pay. Amazon, lui, a bloqué l’agent.
Le 29 septembre, Meta a aussi ouvert Muse aux petites entreprises. L’agent peut se brancher aux statistiques d’Instagram, aux pages Facebook et aux comptes publicitaires de Meta pour aider à gérer le marketing au quotidien.
Faut-il s’en occuper maintenant ? Pour la majorité des PME québécoises, pas encore : le lancement vise d’abord les États-Unis. Une exception toutefois… si vous vendez sur Shopify, vos produits sont peut-être déjà visibles par ces agents. Prenez cinq minutes pour vérifier vos réglages et la qualité de vos fiches produits : un agent lit vos descriptions, pas votre belle mise en page.
5. Et au Québec ?
Selon la BDC, seulement 30 % des PME canadiennes utilisaient l’IA en 2025. Et ce chiffre sous-estime sans doute la réalité : dès 2024, la BDC constatait que 27 % des propriétaires d’entreprise utilisaient des outils d’IA sans le savoir. C’est l’« IA invisible », celle qui se cache dans votre logiciel comptable, votre outil d’infolettre ou votre plateforme publicitaire.
Côté financement, une porte s’est fermée : le Programme canadien d’adoption du numérique (PCAN) n’accepte plus de demandes depuis 2024. Deux options restent sur la table :
LIFT, de la BDC : une enveloppe de 500 M$ lancée en avril 2026, qui jumelle les PME admissibles à des experts-conseils en IA et offre des prêts de 25 000 $ à 5 M$. Le volet IA vise les entreprises d’au moins 1 M$ de revenus.
L’Initiative régionale en matière d’IA (DEC) : une contribution remboursable sans intérêt, jusqu’à 50 % des coûts, pour les PME québécoises qui adoptent l’IA. Elle est en vigueur jusqu’en mars 2031.
Pour un portrait plus complet de l’adoption au Québec, les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec sont présentés dans notre premier article.
6. Ce que vous pouvez ignorer sans remords
Suivre l’IA ne veut pas dire tout suivre. Voici ce que vous pouvez laisser passer cet automne, sans risque pour votre marketing :
La course aux scores de performance. Chaque lancement arrive avec son tableau où le nouveau modèle bat tous les autres. Ces tests mesurent des mathématiques avancées ou de la programmation, rarement la qualité d’une publication LinkedIn.
Les modèles réservés à quelques partenaires. Gemini 4 Argon fait les manchettes, mais personne dans votre équipe ne peut l’utiliser aujourd’hui.
Les modèles géants à code ouvert. Passionnants pour les développeurs, inutiles pour une PME qui n’a pas d’équipe technique pour les installer.
Vous avez le droit de ne pas tout lire… c’est même une compétence.
7. Le réflexe du mois : testez votre marque dans deux IA
Dix minutes suffisent pour savoir si les assistants IA vous connaissent.
Posez une question de client. Choisissez celle qu’un client poserait avant de vous trouver, par exemple : « Quelles sont les meilleures entreprises de [votre service] à [votre ville] ? »
Comparez deux assistants. Posez exactement la même question à ChatGPT et à Gemini, et notez les marques citées.
Comparez avec Google. Faites la même recherche dans Google. Êtes-vous cité partout, nulle part, ou seulement à un endroit ?
Notez vos résultats et refaites le test dans trois mois. C’est votre premier indicateur de visibilité IA, et il ne vous coûte rien.
Questions fréquentes
Quelles sont les principales nouveautés de l’IA en marketing en 2026 ?
Cet automne, trois changements comptent : AI Max for Search devient la norme dans Google Ads, la publicité arrive dans ChatGPT (déjà offerte au Canada), et on peut maintenant mesurer si les assistants IA citent une marque. Les nouveaux modèles, eux, rendent surtout l’IA moins chère.
Qu’est-ce qu’AI Max for Search ?
C’est un ensemble de fonctions d’IA ajouté aux campagnes sur le Réseau de Recherche de Google. Il élargit les recherches ciblées au-delà de vos mots-clés, adapte le texte des annonces et peut choisir la page d’arrivée. Il remplace les annonces dynamiques, dont la migration automatique aura lieu en février 2027.
Qu’est-ce que le GEO ?
Le GEO (Generative Engine Optimization) regroupe les pratiques qui aident une marque à être citée dans les réponses des assistants IA comme ChatGPT, Gemini ou Perplexity. C’est le cousin du référencement naturel, mais les règles diffèrent d’un assistant à l’autre.
Faut-il changer d’outil d’IA à chaque nouveau modèle ?
Non. Pour les tâches marketing courantes, l’écart entre les meilleurs modèles est faible. La qualité de vos consignes et de votre méthode compte davantage que le nom du modèle.
Sources
Google, We’re upgrading Dynamic Search Ads to AI Max (avril 2026, avec mise à jour sur le report à février 2027)
Marketing Dive, Google brings AI Max for Search out of beta
Digiday via Digimarcon, CPC pain is real: one year on, Google’s AI Max
The Prompt Insider, Google auto-migrates Search campaigns to AI Max
Digiday, OpenAI’s ads business hits Europe at the six month mark
The Next Web, OpenAI is bringing ChatGPT ads to 31 European countries
Versely, GPT-6 Sol and Luna: what launched and what it costs
TechCrunch, Google releases Gemini 4 Argon
TechCrunch, Meta is expanding its AI agent Muse to small businesses
Forbes, Meta’s Muse AI agent tests who controls digital distribution
BDC, BDC lance LIFT pour aider les PME à passer de l’intention à l’action en IA (24 avril 2026)
BDC, 27 % des entreprises canadiennes ignorent qu’elles utilisent l’IA (11 septembre 2024)
Les Affaires, BDC : programme de 500 M$ pour favoriser l’adoption de l’IA
Développement économique Canada, Initiative régionale en matière d’intelligence artificielle : investissements au Québec (15 juillet 2026)

Luca Sole
Chargé de cours en marketing numérique à l’ESG UQAM et directeur général de Charity Rocket.
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